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Cuir et maroquinerie - Les facettes de la maroquinerie(La Presse) La médina se parfume d’encens, de musc, d’arômes authentiques, mais aussi de ce parfum fort que dégage une matière noble : le cuir. Source de créativité inépuisable La maroquinerie se renouvelle sans cesse. Cet art ancien et authentique se veut aussi actuel, utile, agréable et à la mode. Les sacs à dos, articles vendus essentiellement durant la rentrée scolaire, suivent les dernières tendances : «Nous faisons en sorte à chaque rentrée scolaire qu’au moins un nouveau modèle soit mis à la disposition des clients», précise Fathi, artisan au «Sakkajine» M. Tahar Jrad s’applique, quant à lui, à imprimer des portefeuilles, des poufs et des sacs à main. Pour lui, s’inspirer de l’artisanat des pays voisins (Maroc-Algérie) donne un plus aux modèles tunisiens. «Nous avons introduit le pouf marocain dans notre nouvelle collection. Ce nouveau modèle avec ses motifs attire les Tunisiens assoiffés d’originalité. De plus, nous n’hésitons pas à adopter les couleurs à la mode : le rouge et le fushia égayent les boutiques et attirent les clients», confie Tahar. Au début de «souk Es-Sakkajine», revoilà Fathi H. qui travaille avec goût et minutie les ceintures conçues spécialement pour les pèlerins qui se rendent à la Mecque : «Nous fabriquons les ceintures conçues pour garder sur soi ses papiers et son argent lors du pèlerinage, mais aussi les sandales, les portefeuilles pour dames». En face de Fathi, Farhat, jeune homme d’une trentaine d’années, travaille seul, en silence, mais en harmonie avec lui-même et avec le cuir : «Pour faire plaisir à la clientèle tunisienne, j’écris sur des morceaux de cuir des versets du Coran et des poèmes. Ces articles sont très demandés». Cependant, la maroquinerie souffre de problèmes qui ne sont pas négligeables. Les lacunes de la maroquinerie Bien que demandés et appréciés par certains clients tunisiens, les articles en cuir artisanal se vendent surtout en été. Les touristes, à la recherche d’objets originaux et exotiques, trouvent dans la maroquinerie tunisienne de beaux articles de cadeau. Ainsi, portefeuille, babouches, sandales, et porte-monnaie se vendent en grandes quantités grâce à leur petite taille, mais aussi à leurs prix abordables : «Le problème, c’est qu’en dehors des petits articles de cadeau, les touristes achètent peu. Les poufs et les selles, à cause de leur prix assez élevé, ne sont pas demandés», souligne Tahar. Par ailleurs, le cuir destiné aux articles de l’artisanat ne serait pas assez souple : «Le cuir provenant de Moknine n’est pas très souple, fait remarquer Tahar, c’est très simple : ce cuir ne peut même pas supporter le cachet!» Pour Sadok, un autre commerçant, le problème majeur dont souffre la maroquinerie tunisienne résiderait plutôt dans l’arrivée sur le marché de certains intrus. «C’est un métier qui nécessite un grand savoir-faire, mais surtout l’amour du métier. De faux artisans ou des artisans médiocres mettent sur le marché des articles très mal finis. Des défauts à la coupe et des pièces mal collées jurent avec les règles de l’art». Autre aspect défavorable à la maroquinerie que relève M. Mohamed Khdhiri, ancien enseignant à l’Office national de l’artisanat (ONA) : «Le niveau de la formation a nettement baissé depuis que l’ONA ne procède plus à la formation directe des artisans, et c’est bien dommage», déclare-t-il. «Les élèves qui étaient formés à l’ONA jouissaient d’une formation exceptionnelle. On leur donnait la possibilité de fabriquer des chefs-d’œuvre d’une très bonne qualité, mais aussi d’obtenir un certificat d’aptitude professionnelle mérité». Il est à noter, tout de même, que l’ONA se charge de la réglementation de la formation professionnelle en matière d’artisanat. Par ailleurs, coudre à la machine les sacs à main et autres articles réduit en quelque sorte la valeur artistique de l’objet artisanal : «Je n’apprécie pas le fait de coudre à la machine les articles de maroquinerie. Ce qui fait le charme de l’artisanat, c’est exactement les touches manuelles de l’artisan !» , remarque Nadia, consommatrice. Pis encore, certaines boutiques artisanales de la médina exposent des vestes et des blousons en cuir. Loin d’être artisanales, ces vestes dépourvues de toute touche locale sont vendues par les commerçants comme produits de l’artisanat tunisien : «C’est tout de même la matière qui compte le plus, nous n’allons quand même pas faire des djebbas et des burnous en cuir !», s’exclame Noureddine, commerçant à la médina. Manifestement, ces commerçants confondent ou plutôt ne font pas la distinction entre des produits industriels et des articles faits à la main. De plus, ces modèles industriels trop simplifiés, sans la moindre fantaisie, ne riment pas avec l’artisanat. Il peut paraître souhaitable que des vestes et des manteaux en cuir prennent un jour place avec mérite dans les boutiques de maroquinerie, avec des motifs et des broderies tirés de notre patrimoine. Toujours est-il que la qualité des articles de maroquinerie s’est nettement améliorée. C’est du moins l’avis de nombreux artisans. En effet, les catégories du cuir tunisien sont bien déterminées depuis que l’on procède à un contrôle rigoureux au terme duquel on attribue un cachet correspondant à la certification selon les normes. «La maroquinerie est un art qui nécessite patience, amour et minutie», souligne Farhat. Pour améliorer la qualité et la finition des articles de maroquinerie, ces valeurs ne devraient pas faire défaut. Pour acheter ces articles, il faut aussi de l’amour, et de la passion pour ce patrimoine. D.B.S. Date de création : 25/10/2010 : 08h31
Dernière modification : 15/04/2011 : 06h40
Catégorie : Cuir et maroquinerie
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