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2011/tamis1.jpgArtisanat - Les tamis

Les tamis : de l’usage quotidien au décor moderne
suite aux changements des habitudes culinaires chez les tunisiens.




La colère envahit M. Tahar Berrrabah, l’artisan chevronné au souk des tamis (ancien) à Tunis dès qu’il entendit le mot « presse ». Il ressentit encore la lésion, voire l’humiliation, quand, depuis 2 ans, la chaîne tunisienne privée « Hannibal TV » fit un documentaire sur le souk, et donna ses promesses de donner des contributions  de 300 dinars pour chaque artisan, mais qui, selon ses dires, donna à une partie et priva l’autre, dont moi.
Alors, il faillit nous faire virer en murmurant « le tamis est disparu, et il n’ya plus artisans autres que moi et un seul autre. Le « Kerdach » (instrument servant à la fabrication de la laine)  est aussi disparu ainsi que la « Berdayiâa », et le « tasmir» (préparation des matelas) pour les nouvelles mariées. Il ne reste des l’artisanat que l’acier, le tapis et le « makroudh» (un met tunisien).


tamis1.jpg

C’était encore tôt quand nous avons adhéré au souk des « tamisiers », et M. Taher Berrabah  n’était pas d’humeur à discuter, surtout qu’il était occupé par le rangement de sa marchandise. Mais une heure plus tard, quand nous sommes revenus, c’était comme s’il était une autre personne, et nous accueillit par un vieux dicton que disait son père M.Hédi Berrabah « Comment faire de peau de mouton un tamis » ce qui signifia qu’un travail énorme est nécessaire pour transformer une peau de mouton à un tamis. Nous fûmes étonnés quand il déclara que 10 jours sont suffisants pour apprendre le métier, puis il se redressa  « il faut 10 jours pour se faire une idée sur le domaine, mais une année pour y exceller »
Quand il s’agissait de moderniser le métier par peur d’oubli et disparition, il répliquât : « le tamis fit en lui-même un chef d’œuvre sans rien y ajouter » et prît à titre d’exemple les touristes qui demandaient des petits tamis pour les garder comme souvenir. Mais il apprécia l’idée de garnir les tamis par des couches d’argent ou d’acier pour les utiliser comme décor dans les salons. Il appelât  les décorateurs pour s’inspirer de l’artisanat dans leurs conception des salons et des espaces.....
Puis il disait « La Tunisie n’est pas seulement air ou soleil ou mer, la Tunisie c’est avant tout une culture. Et pourquoi ne pas déposer dans chaque chambre d’hôtel un tamis ou toute autre pièce d’artisanat, que ce soit par obligation ou par simple initiatives des maîtres d’hôtels ? »
M. Tahar raconta à « Middle East » l’histoire de son métier, et des phases de transformation de la peau de mouton en tamis. Il précisa «  J’ai appris mon métier de mon père Hédi Berrabah qui l’avait apprit à son tour de son père Ali Berrabah » Il poursuivit « on enlève la laine de la peau du mouton, on y met beaucoup de sel pour éviter qu’il ne soit pourri et pour qu’il soit plus dur. Puis on plie les peaux séchées et on les range sur des étagères de peur qu’elles ne se salissent par le sable et qu’elles perdent leur souplesse. On laisse les peaux dans le sel 10 à 15 jours, puis on commence par les peaux situées au dessous de la rame car elles ont étaient les premières à être traitées, et le sel s’y est bien incorporé. Notons que chaque rangée comporte 10 à 15 peaux de mouton. Ensuite, on met la peau traitée dans un récipient d’eau de source, et pas n’importe quelle eau » Il continua « après avoir lavé la peau, on l’étire en attachant ses extrémités au mur par des clous en bois, et après 2 ou 3 jours, on la coupe en bandes puis en fins fils selon l’usage du tamis dans la préparation des mets en Tunisie. Il ya des fils pour le tamis de la farine qui comprend à son tour 02 types : tamis 1èr tour, et tamis 2ème tour. Il ya aussi des fils pour le tamis de couscous, du « m’hammes », et du gros couscous appelé à Tunis « Barkoukech », et le tamis de l’orge pour traiter l’orge. Il existe des appellations connues pour ces tamis, telles que « El Menfdha» , « Essakkât ».
Le tamis est méticuleusement tissé après torsion du fil afin qu’il soit à la fois fin et robuste, puis est enroulé sous forme de boule. Le tissage du tamis se fait ensuite à l’ancienne méthode artisanale très connue, et ce, à l’aide des instruments simples mais efficaces. Le tissage est manuel, mais relativement lent. Après tissage, le tamis est bien attaché à un cercle de bois, et cousu par une ceinture en cuir pour assurer la robustesse du tamis. C’est pour ça que les artisans de ce métier jugent que le prix du tamis est toujours bas ».
Selon M. Tahar « même si le tamis coûtera 100 dinars (≈ 50 €), ça reste toujours insuffisant, parce que la fabrication du tamis ne peut pas se faire en un jour. En effet, l’achat de la peau du mouton, les opérations de la « décarnisation», conservation par le sel, lavage, étirement, coupe, tissage, et pleins d’autres tâches nécessitent beaucoup de temps. Mais aujourd’hui, le prix de tamis est entre 20 et 25 dinars (≈ 12,5 €), ce qui n’est pas cher.
Mis vu d’un autre côté, le changement des habitudes culinaires des tunisiens, selon M. Ameur Romdhani, chercheur en sociologie, « a influencé le métier des tamis (la tamiserie) , la consommation de blé et de l’orge n’est plus la même, il n’ya plus de « مطامير » ni de coins de conservation ou se gardent les quantités de blé et d’orge après de longs processus du semis, à la moisson, puis au souk. De grandes quantités se conservent, et qui suffisent pour la consommation pendant une année entière. L’orge et le blé sont bien lavés à l’eau, asséchés ensuite au soleil, puis purifiés des petites graines de pierre, puis moulus. La poudre est ensuite tamisée et utilisée comme pâte pour le pain ou autres aliments ».
Puis M. Romdhani continua « de nos jours, tout ça est remplacé par les tiroirs de cuisine fourrés par les sacs à pain, spaghettis et autres pâtes ou couscous fabriqué dans les usines spécialisées ».
Retournant à la tamiserie,  les artisans de ce secteur, dont M. Tahar Berrabah, signalent que « ce métier ne peut se faire qu’à partir des peaux de moutons. Il est vrai qu’il existe désormais des tamis en fer ou en plastique ou autre, mais ceux en peau de mouton peuvent durer 50 ans, et n’ont aucun impact négatif sur la santé, contrairement aux tamis en fer qui se rouillent, ou ceux en plastique qui sont très déconseillés pour usage alimentaire »
Toutefois, outre les tamis, les tamisiers fabriquent « le doff» (tambour), la « darbouka » (des instruments de musique), mais c’est la peau de chèvre qui est utilisée, qui est selon M. Tahar « plus robuste, et supporte plus les coups, et inversement, un tamis ne peut être fabriqué à base de peau de chèvre car celle-ci ne peut pas être tordue »


Abdelbaki Khalifa (Middle East Magasine)

Date de création : 14/11/2011 : 12h30
Dernière modification : 31/07/2012 : 11h22
Catégorie : Artisanat
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